Conditions requises et règles d'animation
pour appliquer avec succès les EIDC


Pour obtenir les résultats escomptés lors de l’application d’une École interactionnelle de douleur chronique (EIDC), les animateurs (praticiens) doivent absolument remplir les conditions suivantes aux aux plans : personnel, équipe, pédagogique et animation.

  • Au plan personnel face à la douleur du client

 

Le praticien croit que la douleur de chaque client est bel et bien réelle (non imaginaire). Le client est considéré ici comme l’expert de l’évaluation de sa douleur. Si, pour une raison quelconque, vous croyez que la douleur chronique n’existe tout simplement pas ou qu’elle est le fruit d’une maladie mentale (ex. : trouble de la personnalité histrionique, somatisation…), vous ne serez pas capable d’animer les EIDC de façon adéquate.

  • Au plan de la constitution de l’équipe des 2 animateurs

 

À l’EIDC, il faut mettre au point une routine motrice adaptée à la condition de chacun des clients et l’ajuster chaque semaine selon les feedback du patient. Pour cette raison, un des animateurs détient nécessairement une formation professionnelle en biomécanique et en programme d’exercices (physiothérapeute, thérapeute en réadaptation physique, kinésiologue, etc.). L’autre animateur appartient à l’une des catégories professionnelles suivantes : psychologues, médecins, infirmières, ergothérapeutes, psychoéducateurs, etc.

  • Au plan pédagogique

À toutes les rencontres, les deux animateurs supervisent chacun quatre clients durant la pratique de leurs routines motrices et des autres exercices. Sans égard à leur champ d’expertise, ils sont donc appelés à faire la démonstration des exercices prescrits durant les rencontres. Pour cette raison, les praticiens doivent maîtriser les exercices avant de les enseigner aux clients, autant la bascule du bassin et la respiration abdominale (en position couchée, assise et debout) que tous les autres exercices.

  • Au plan de l’animation

Les principaux aspects de l’animation se regroupent sous les sept éléments suivants : rôle d’animateur et de coanimateur, position de non-expert, accueil, pause, une qualité, une description pas un diagnostic et horaire.

Rôle d’animateur et de coanimateur
Les praticiens alternent dans le rôle d’animateur et de coanimateur en convenant avant la rencontre qui présentera quelle diapo. Dans le rôle d’animateur, le praticien présente les diapositives en respectant l’horaire prévu (éviter à tout prix de prolonger la rencontre). Il implique tous les clients dans les discussions et supervise (avec le coanimateur) la pratique de tous les exercices effectués en classe.

Dans le rôle de coanimateur, le praticien observe continuellement les clients pour vérifier leur niveau de confort. Il intervient rapidement auprès du client en douleur afin de l’aider à prendre une posture plus confortable ou moins douloureuse en utilisant oreillers, serviettes, ballons, petit banc sous les pieds ou autres. On enseigne ainsi aux patients à agir tôt pour demeurer dans la zone de confort ou à éviter dès que possible l’augmentation de la douleur. De plus, le coanimateur est complice de l’animateur. À titre d’exemples, il entre en jeu si l’animateur omet de mentionner un point important. Il s’assure qu’aucun client n’est oublié par l’animateur lors des échanges. Il participe à la gestion du temps. Il s’assure aussi que l’animateur principal fasse bouger les clients à toutes les 10 minutes environ en leur demandant de se lever, de marcher, de s’étirer... Enfin, il inscrit dans les Notes cliniques les différentes observations requises aux moments indiqués dans les commentaires sous les diapos.

Position de non-expert
Les animateurs adoptent le plus souvent possible la position de non-expert (one down) : poser des questions, regarder davantage en écoutant, utiliser un langage non spécialisé, éviter le format du cours magistral, etc.

Accueil
Les animateurs accueillent de façon individualisée chacun des clients en établissant un contact visuel chaleureux et en souriant. De plus, à la fin de la séance, les animateurs saluent les clients individuellement pour clore la rencontre, avec une poignée de main (lorsqu’il n’y a pas de pandémie !) ou un toucher amical au bras.

PauseUne pause a lieu exactement une heure après le début de la rencontre. Elle fait partie du traitement. Les deux animateurs y participent. Durant toute la durée de la pause, ils établissent une relation égalitaire avec les clients. Quinze minutes pour un intervenant traditionnel d’un repos bien mérité. Pour le praticien de l’École interactionnelle, un moment privilégié pour poursuivre sa relation d’influence auprès des clients.

Une qualitéLes animateurs enfilent la paire de lunettes interactionnelles en trouvant une qualité à chacun des clients dès la première rencontre. Ces informations relatives aux forces et compétences des clients sont inscrites à chaque rencontre dans le formulaire intitulé Notes cliniques.

Une description pas un diagnosticÀ l’École interactionnelle, les praticiens n’essaient pas d’apposer une étiquette psychiatrique (DSM -Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). Ils considèrent plutôt que la persistance du problème résulte essentiellement d’un cercle vicieux – un circuit en boucle – entre certains comportements indésirables et des efforts inopérants (les solutions tentées) pour les éliminer. À travers ce lien de causalité circulaire et en dépit des tentatives bien intentionnées et souvent logiques en apparence, les solutions déployées pour résoudre le problème finissent par le maintenir. Ainsi, notre modèle incite les praticiens à penser en termes de description, tant du problème dont le client se plaint que des tentatives de solutions mises en œuvre, ainsi que les moments (appelés ici exceptions) où la douleur est absente ou moins sévère.

Horaire
On commence de préférence avec deux groupes : l’un démarre en après-midi et l’autre en soirée la même journée ou une journée différente. Cette disposition permet au client d’éviter de manquer une rencontre en changeant simplement de groupe si une situation incontrôlable, mais tout à fait prévisible se présente (nouvel emploi, changement brusque dans la situation familiale, convocation à une évaluation médicale obligatoire…). Enfin, les personnes souffrant de douleur chronique qui travaillent peuvent rarement obtenir une libération de leur employeur pour suivre une École durant la journée.

Temps requis

Sur une base hebdomadaire, la préparation et l’application de deux Écoles interactionnelles (i.e., 2 groupes de 8 clients chacun) exigent environ 10 heures de travail en équipe.